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Femmes et hommes inégaux face à l’orgasme

 

Les femmes, bien plus fréquemment que les hommes, ont encore du mal à atteindre l’orgasme, trouver du plaisir dans les rapports sexuels et être en phase avec leur libido. Même si l’âge moyen du premier rapport sexuel a lieu majoritairement entre 16 et 19 ans pour les filles comme pour les garçons, l’âge du premier orgasme diffère largement selon les sexes : 11% des filles ont connu l’orgasme lors de leur premier rapport sexuel, tandis que la quasi totalité des garçons jouissent lors de leur première fois.

 

Une fois adulte, la disparité reste flagrante : 90 à 95% des hommes parviennent toujours ou presque toujours à l’orgasme lors des rapports sexuels, tandis que pour les femmes, 44% jouit « souvent ou toujours », 31% « environ une fois sur deux » et 25% « rarement ou jamais ». Enfin, 5% de la population féminine interrogée n’a jamais connu l’orgasme[1].

 

Mais alors, qu’est-ce qui explique de telles différences ?

 

Tout d’abord, la façon dont l’on éduque les enfants : alors que l’on évoque facilement le sexe des garçons lors de la toilette ou de l’habillage – puisqu’il est apparent et qu’il sert à la reproduction et à la miction -, le sexe des filles est rarement nommé ou évoqué. A fortiori, les parties internes du corps des femmes peuvent parfois faire carrément l’objet d’un tabou. Alors que le pénis, au même titre que l’utérus et les ovaires, peuvent être cités en tant qu’organes de la reproduction, le clitoris – qui n’a aucun rôle dans la procréation et ne sert qu’au plaisir – n’est que très rarement présenté et nommé par les parents à leurs fillettes. Sans parler du point-G qui est, bien souvent, ignoré par les mères elles-mêmes.

 

De sorte que, arrivées à l’âge adulte, nombre de femmes ne connaissent pas bien leur anatomie, n’ont jamais pris de miroir pour regarder leurs lèvres, leur urètre ou leur col de l’utérus. Elles ne savent pas comment s’intitulent les différentes parties de leur vulve et n’en connaissent pas toujours la sensibilité et l’utilité dans la sexualité.

 

De la même manière, alors que la presque totalité des garçons se masturbent régulièrement pendant l’adolescence, en parlent entre eux et expérimentent autour de leur désir, les jeunes filles qui ne se sont jamais masturbées sont nombreuses et le sujet fait l’objet d’un tabou entre elles. 12% des femmes adultes de l’enquête se masturbe rarement ou jamais. Historiquement, la masturbation a toujours été vue comme honteuse, causant des maladies et signe d’un problème dans sa vie sexuelle lorsque l’on est en couple. 30% des femmes interrogées dans une enquête américaine considèrent que la masturbation est honteuse[2].

 

Pourtant, 80% des femmes parviennent facilement à l’orgasme lorsqu’elles se masturbent. Pourquoi donc s’en priver ?

 

Enfin, des chercheur/es ont mis en avant le fait que la réponse orgastique pouvait être faussée par des processus cognitifs qui perturbent la qualité des stimuli érotiques. Leurs données indiquent que les femmes uniquement concentrées sur leur apparence physique, la crainte de ne pas être suffisamment performante, ou tout simplement la peur de ne pas jouir, sont plus susceptibles de ne pas avoir d’orgasmes que celles qui sont focalisées sur leurs sensations[3].

 

Le dualisme corps/esprit dans notre culture crée un rapport objectifiant et négatif au corps : le sentiment que son corps est un objet distinct de soi serait renforcé par les interactions sociales durant lesquelles notre apparence physique est jugée, critiquée ou appréciée (lorsqu’on se fait siffler dans la rue, que des collègues et des membres de la famille remarquent tout haut que l’on a pris, ou perdu, du poids etc). Des situations, qui sont rencontrées plus souvent par les femmes que par les hommes et qui sont à l’origine des troubles de l’estime de soi, de l’alimentation, de l’excitation et de l’orgasme chez de nombreuses femmes.

 

La faible estime de soi entraîne des distractions cognitives pendant les rapports sexuels. En effet, la zone du cerveau qui active l’orgasme est très proche de celle qui déclenche la peur, l’anxiété et l’auto-censure (la matière grise). Du fait d’une éducation plus culpabilisante et moraliste à l’égard des femmes, ces dernières ont cette zone particulièrement développée, ce qui entraîne régulièrement l’apparition de pensées parasites qui viennent court-circuiter la montée du plaisir.

 

Les femmes qui montrent le plus de distractions cognitives pendant les rapports sexuels (« mes seins pendent quand je suis à quatre pattes », « il va voir ma cellulite dans cette positions », « je ne peux pas crier trop fort sinon il va penser que je suis une salope ») sont celles qui présentent le moins d’orgasmes et qui ont le plus tendance à simuler. Des recherches ont montré combien les stéréotypes culturels promouvant la soumission des femmes aux hommes affectent également le rapport des femmes à leur corps et à leur sexualité[4]. La majorité des femmes associe inconsciemment les rapports sexuels à la subordination et ce lien psychique affecte la qualité de l’excitation et de l’orgasme.

 

 

Comment accède-t-on à l’orgasme ?

 

Globalement, les choses semblent s’arranger avec le temps. Plus l’on se connaît, plus on s’autorise le plaisir et plus on assume son corps et ses désirs, mieux on jouit. Le nombre de partenaire semble également important pour avoir une sexualité épanouie. Les femmes qui déclarent jouir « souvent ou toujours » sont, à 60%, celles qui ont eu plus de 40 partenaires dans leur vie. Mais ce qui importe avant tout, c’est la qualité du lien affectif avec le, ou les, partenaires. La douceur, l’attention, l’écoute et une certaine dose de savoir faire.

 

Lorsqu’elles ont le choix pour parvenir à l’orgasme les femmes sont unanimes (97%) choisissent le clitoris comme zone à stimuler. Tandis que 25% citent le vagin, 9% citent l’anus, 10% les seins et 5% d’autres zones comme la vulve, les lèvres, l’intérieur des cuisses etc. Elles utilisent majoritairement (80%) leurs doigts ou leur main. Mais il existe de nombreuses façons d’accéder à l’orgasme, que ce soit avec le jet de la douche, un sextoy, le sexe du partenaire, un objet de la vie courante ou bien d’autres choses. Tout est possible, il ne reste qu’à essayer !

 

Apprendre à jouir ? C’est possible !

 

Tout/es les spécialistes de la sexualité le disent, la masturbation c’est le fondement de notre vie érotique. C’est la meilleure façon de connaître ses désirs, les pratiques que l’on aime, se connecter à sa vie fantasmatique et expérimenter le plaisir. La sexothérapeute féministe américaine, Betty Dodson en a même fait la base de sa pratique thérapeutique.

Que vous soyez seule ou en couple, se masturber est une bonne façon de maintenir votre libido vivante et riche, de prendre confiance en vous et de vous remercier pour tout ce que vous faite pour les autres, que ce soit votre partenaire ou vos enfants. Et puis, enfin, comme n’importe quel rapport sexuel agréable, la masturbation diminue le stress, apporte de la détente et une bonne nuit de sommeil.

 

Alors, prête à relever le défi ?

 

 

 

 

 

[1] Toutes les sources citées dans cet article proviennent de l’enquête d’Yves Ferroul, médecin sexologue. BRUNE Elisa et FERROUL Yves. Le Secret des femmes : voyage au cœur du plaisir et de la jouissance, Paris : Odile Jacob, 2010, 320 p.

[2] DAVIDSON J. Kenneth et ANDERSON DARLING Carol. Masturbatory guilt and sexual responsiveness among post-college-age women: Sexual satisfaction revisited, Journal of Sex & Marital Therapy, 1993, vol. 19, n°4, p. 289-300.

[3] CUNTIM M. et NOBRE P. Rôle de la distraction cognitive dans l’orgasme féminin, Sexologies. Revue européenne de sexologie et de santé sexuelle, vol. 20, n° 4, octobre-décembre 2011, p. 241.

[4] KIEFER A. K., SANCHEZ D. T., KALINKA C. J., et al. How women’s nonconscious association of sex with submission relates to their subjective sexual arousability and ability to reach orgasm, Sex Roles, 2006, vol. 55, n°1-2, p. 83-94.

 

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