Pourquoi et comment une sexothérapie féministe ?

Les critiques féministes des premières thérapies :

 

Les psychothérapeutes, les psychanalystes et les sexologues, ainsi que les féministes, se considèrent généralement comme des libérateurs et des libératrices sexuels, aidant les individus à s’émanciper des carcans de la morale, des inhibitions, de l’éducation et de la religion. De telle sorte que l’on pourrait espérer qu’ils et elles oeuvrent main dans la main pour une véritable libération des femmes, des minorités sexuelles et de la sexualité en général.

 

Pourtant, ça n’a pas été le cas.

 

Bien au contraire, le cadre théorique offert par ces disciplines thérapeutiques, fondé sur une vision normative, masculine et hétérocentrée du sexuel, a joué parfois un rôle important dans l’oppression des femmes. En ignorant le contexte social dans lequel la sexualité se déroule, ainsi qu’en rationalisation et en légitimant des stéréotypes sexistes, le discours psy a perpétué une vision fausse et oppressive sur les femmes et le sexuel.

 

Les premières critiques des théories psychanalytiques sont quasi-contemporaines de l’émergence des théories freudiennes sur la féminité. Elles ont été élaborées par les élèves et patientes de Freud lui-même : Marie Bonaparte, Anna Freud, Karen Horney, Jeanne Lampl de Groot ou encore Joan Rivière. Ces femmes, qui sont devenues par la suite elle-même psychanalystes, ont développé leurs propres théories de la psychologie, de la sexualité et du développement des femmes, s’opposant ainsi plus ou moins aux travaux fondateur de Sigmund Freud. Elles leur reprochaient en particulier d’être fondés sur la seule psychologie masculine et de n’offrir qu’une théorie inconsistante, limitée et misogyne du développement sexuel féminin.

 

Ces travaux, qui s’apparentaient plus à des réélaboration qu’à de véritables entreprises critiques, n’eurent pas une grande influence sur la pratique psychanalytique traditionnelle, jusqu’à ce que l’influence de la pensée féministe dans les années 1960 et 1970 surtout – et en particulier des méthodes épistémologiques féministes états-uniennes- permit à une nouvelle génération de femmes psychanalystes d’en critiquer les fondements sexistes.

 

Pourquoi une thérapie féministe ?

 

Les réélaboration féministes, entreprises par des thérapeutes comme Nancy Chodorow, Peggy Kleinplatz ou encore Leonore Tiefer insistent sur l’importance de la considération de la parole et du vécu des femmes – au détriment d’une théorie universalisante – et sur la reconnaissance des facteurs sociaux (dont l’oppression, les rapports de subordination, le sexisme, le plafond de verre sont quelques exemples) dans l’émergence des troubles mentaux et/ou sexuels. De sorte que pour elles, une bonne thérapeute se doit de permettre à sa patiente de distinguer entre les souffrances et les conflits qui sont liés à l’oppression sociale et ceux qui ont leur source dans son psychisme individuel. Améliorant ainsi sa santé mentale et son épanouissement général.

 

Les tentatives novatrices de production d’un discours et d’un savoir sur les femmes par des femmes permirent, à partir de la fin des années 1970, la naissance de sexothérapies et de psychothérapies féministes aux États-Unis. Dans ce cadre, l’analyse des rapports de pouvoir et des processus de domination était essentielle, tout comme la prise en considération de la parole des femmes en vue de leur autonomisation.

 

L’approche féministe de la psychothérapie s’est développée en grande partie en réponse à la domination masculine des institutions de santé mentale et à leur conformité avec le statu quo patriarcal. Les thérapies féministes présentent un intérêt et un savoir spécifiques aux problématiques psychosomatiques rencontrées fréquemment chez les femmes, dont les troubles de l’alimentation, la maternité et la mauvaise image corporelle sont quelques exemples.

 

La question de la sexualité :

 

Si les études psychologiques sur les femmes se sont longtemps limitées à l’analyse de leur sexualité, les psychologues et sexologues féministes ont au contraire permis l’élargissement du savoir à l’ensemble de la vie des femmes, en insistant sur l’inclusion des considérations politiques, sociales et culturelles, comme nous l’avons vu plus avant. Elles accusent la sexologie pour ce qu’elle repose sur des études, des théories et un vocabulaire sexistes et pour ce qu’elle ne prend pas en considération les enjeux de pouvoir dans les relations affectives et sexuelles.

 

Le féminisme en général, et les thérapies féministes en particulier, ont toujours entretenu une relation complexe à la sexualité. L’analyse féministe de la sexualité ne peut se passer d’une considération des dangers auxquels les femmes sont confrontées dans la sexualité (les dangers que sont les viols, le harcèlement, le stigmate, les insultes, l’objectification par exemple), sans pour autant éliminer la question du plaisir.

 

De sorte que les thèses féministes ont pu parfois mener à imposer une sexualité politiquement correcte -reposant sur des principes d’égalité, d’autonomie, d’auto-détermination-, enfermant les femmes dans des standards normatifs et rigides et excluant celles qui étaient perçues comme déviantes. En effet, il ne s’agit pas de faire du plaisir sexuel un « grand secret coupable » et éliminer ce sujet des discussions féministes n’a pas rendu le monde plus sûr pour les femmes.

 

En réaction à cette tendance, certaines chercheuses se sont emparées des études sur la sexualité féminine, qui avaient été cantonnées à la fonction reproductrice, pour parler de plaisir et de désir féminins. C’est ainsi que de nombreuses études états-uniennes se penchèrent sur la question du point-G, du plaisir féminin, du lesbianisme, du BDSM ou encore de l’éjaculation féminine, brisant ainsi certains tabous féministes sur la sexualité.

 

Une sexothérapeute féministe se doit absolument de s’interdire de juger la sexualité de sa patiente à partir de ses propres conceptions du bien sexuel. D’autre part, la thérapie doit favoriser un travail sur le corps visant à améliorer l’image et la connaissance corporelles et génitales de la patiente, à partir notamment de la masturbation. Cette méthode thérapeutique nécessite des recherches qui privilégient les formes de sexualité qui procurent le plus de plaisir aux femmes, a contrario des études traditionnelles de la sexologie sur le coït hétérosexuel et les dysfonctions érectiles, ainsi que de nouveaux concepts et un nouveau vocabulaire.

 

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