Minorités sexuelles et thérapie : comment trouver le ou la bon-ne psy ?

Des avantages thérapeutiques ?

 

Dans cet article, je discuterai des avantages et des inconvénients qu’il peut y avoir à faire appel à un/e thérapeute engagé/e politiquement dans une démarche de non-discrimination vis-à-vis de la diversité sexuelle et de genre, voire à un/e thérapeute ouvertement queer ou féministe. Les avantages d’avoir un/e « psy » ayant la même orientation sexuelle que soi concerneraient avant tout :

 

– Une meilleure connaissance des conditions de stigmatisation et des effets de la discrimination ;

 

– Un soutien politique ;

 

– Le fait de ne pas avoir à « éduquer » son ou sa thérapeute sur son mode de vie et sa sexualité ;

 

– Le fait de se sentir plus en sécurité pour s’exprimer et être mieux compris/e.

Consulter un/e « psy » qui présente explicitement la même orientation sexuelle que soi favoriserait la construction identitaire, permettrait de travailler sur les problèmes d’homophobie et serait susceptible de nous aider à assumer nos préférences érotiques.

 

Le dévoilement d’éléments privés par les thérapeutes peut avoir un effet bénéfique sur la thérapie. Mais, tout en étant un point important pour les personnes LGBTQI, la question de l’orientation sexuelle du ou de la thérapeute ne vient pas avant les qualités humaines telles que la bienveillance, la capacité d’écoute et l’ouverture d’esprit. Toutefois, les données fournies par plusieurs études, ainsi que mes recherches doctorales confirment que l’absence d’information à l’égard de la préférence de genre du ou de la thérapeute peut mener à un sentiment de détresse lorsque les patient/es souhaitent dévoiler des parts importantes sur leur sexualité.

 

Un/e thérapeute qui nous ressemble ?

 

La volonté de trouver un/e « psy » féministe et/ou queer semble plus fréquente chez les femmes qui ont des rapports sexuels avec d’autres femmes ou avec des personnes trans que chez les autres. Une étude menée par Lyndsey Moon en 1994 montre que 75% des femmes homosexuelles interrogées ont été soulagées de trouver une thérapeute lesbienne. J’ai retrouvé cela également dans les entretiens que j’ai menés avec les usagèr/es de thérapie mentale durant mes recherches de doctorat. Cela pourrait s’expliquer par le fait que les lesbiennes sont particulièrement touchées par les discriminations dans l’espace thérapeutique. En effet : 58% d’entre elles auraient été pathologisées en raison de leurs préférences de genre par un/e thérapeute hétérosexuel/le et 92% ressentiraient le besoin de connaître l’orientation sexuelle de leur psy pour se sentir en sécurité[1].

 

Quoi qu’il en soit, nombreuses recherches indiquent que le fait de partager certaines caractéristiques sexuelles ou de genre avec son/a thérapeute peut favoriser la parole. Mais ça n’est pas l’unique critère : la classe sociale, l’âge, le fait d’être ou non racisé, sont autant d’éléments qui peuvent créer un sentiment de proximité ou, au contraire, créer de l’étrangeté et de l’incompréhension.

 

Néanmoins, si un/e thérapeute homosexuel/le ou trans présente l’énorme avantage d’être théoriquement mieux placé/e pour comprendre le vécu des patient/es LGBTQI et éviter de les pathologiser, cela ne garantit pas qu’il/elle soit bon/ne thérapeute, ni qu’il/elle soit respectueux/se et conscient/e d’autres enjeux politiques tels que le sexisme ou encore les discriminations fondées sur des caractéristiques sociales ou physiques. À côté des bénéfices qu’il y aurait à avoir un/e thérapeute queer – ou LGBTQI friendly, certains inconvénients peuvent se faire jour. Parmi ces inconvénients figure au premier plan le fait de ne pas avoir un point de vue extérieur à la communauté LGBTQI.

 

Certaines personnes m’ont confier redouter de se « ghettoïser » en choisissant une psychothérapeute ayant la même orientation sexuelle que soi. S’il va sans dire que le manque d’ouverture d’esprit de nombre de thérapeutes hétérosexuel/les peut causer l’arrêt d’une thérapie, faut-il en conclure que seule une personne qui nous ressemble est apte à nous suivre en thérapie ? N’est-ce pas réducteur, voire contre-productif ?

 

Je comprends ces réserves, mais la personnalité d’une personne se résume-t-elle à ses désirs amoureux et érotiques ? D’autre part, la très grande majorité des personnes hétérosexuelles qui consultent des psy hétérosexuel/les ont-elle l’impression de se ghettoïser et de manquer d’ouverture sur le monde avec leur thérapeute ?

 

Alors, comment choisir ?

 

Le choix d’un/e thérapeute est une décision personnelle et très importante. Si l’on peut avoir la chance de faire une rencontre par hasard avec un/e thérapeute ouvert/e et bienveillant/e, dans bien des cas il est nécessaire de choisir volontairement un/e professionnel/le qui appartient à notre communauté, ou tout au moins qui a connaissance des spécificités de notre vie en tant que personne racisée, trans, homosexuelle ou encore handicapée.

 

En effet, les discriminations sociales que subissent les minorités (qu’elles soient raciales, sexuelles, religieuses ou liées à d’autres éléments) sont à l’origine de stress, d’anxiété et de troubles psychiques qui ne peuvent pas être ignorés par les thérapeutes. En cela, la question de la formation théorique n’est pas anecdotique et un/e « psy » qui accepte de recevoir des patient/es, a fortiori des patient/es LGBTQI, se doit d’être à l’aise avec sa propre sexualité et d’être familiarisé/e avec les questions de discrimination sociale, d’homophobie et de transphobie intériorisée, de VIH-sida, tout autant qu’avec les thèmes plus traditionnels de dépression, d’anxiété et de souffrance psychique[2]. De sorte que, s’il n’est pas indispensable de consulter un/e « psy » qui nous ressemble pour être correctement accompagné/e, il est au minimum nécessaire que celui/celle-ci se soit interrogé/e sur ces thématiques.

 

Néanmoins, le besoin de trouver un/e professionnel/le féministe et/ou LGBTQ-friendly reste fort si l’on en juge par les demandes qui circulent dans les réseaux militants, d’étude sur le genre, ainsi que parmi les associations. L’existence de listes de thérapeutes non-discriminant/es (Psygay, Psy safe et inclusifs) atteste également de cette demande.

 

Pour autant, il ne s’agit pas de faire du modèle queer ou féministe une norme contraignante pour les thérapeutes. En somme, la question des « psy » queer-friendly reste ouverte et sujet à débats parmi les auteur/es et les usagèr/es de psychothérapie.

 

 

[1] Moon Lyndsey. Counselling with lesbians and gay men, Changes, 1994, n°12, p. 277-283.

 

[2] Voir par exemple les conseils qui sont fournis aux personnes LGBTQI pour trouver un/e thérapeute sur le site : http://www.goodtherapy.org/blog/lgb…

 

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