Ce que le « Me too » fait à la vie sexuelle des femmes.

Le point de vue de la sexothérapeute

 

Dès les premiers échos médiatiques des « me too » et autres « Balance ton porc », une partie de l’opinion publique a assimilé ces dénonciations à une dangereuse menace pour la liberté. Plus précisément, pour la liberté sexuelle. Plus précisément encore, pour la liberté sexuelle masculine.

 

Pourtant, le cours de mes consultations me montre à quel point cette large diffusion, dans l’espace public, des violences subies par les femmes a un effet largement positif et libérateur sur mes patientes. Et, mon point de vue, qui est largement partagé par les thérapeutes féministes – et qui me semble d’une évidence absolue, soit dit en passant – c’est que ce qui libère et fait du bien aux femmes, libère et fait du bien à la société en général, donc aux hommes également.

 

Je m’explique.

 

Tout d’abord, le mouvement « Me too » a eu le mérite de diffuser et, surtout, d’autoriser une parole qui était (et qui le reste encore trop, bien sûr) empreinte de culpabilité, de tabou et de honte. A savoir, la parole qui dénonce les violences sexuelles que subissent la presque totalité des personnes socialisées comme des femmes (à divers degrés de violence et sous différentes formes).

 

En « banalisant », par leur nombre et leur fréquence, ces gestes d’abus, le mouvement « Me too » a permis une prise de conscience par un très grand nombre de personnes, femmes et hommes confondu/es, que les violences sexuelles sont fréquentes qu’on veut bien le croire, qu’elles ne se réduisent pas à quelques cas isolés de pédophilie glauques et sur-médiatisés ou à un viol infâme dans une ruelle sombre par un inconnu aviné.

 

Non. Les violences que subissent la plupart des filles et des femmes sont plus diverses, plus variées, plus perverses, plus insidieuses, moins « sensationnelles » que ces quelques clichés (qui existent aussi, malheureusement).

 

Et c’est, justement, ce que le mouvement « Me too » a permis, chez toute personne ayant voulu s’intéresser à cela, et chez mes patientes en particulier. C’est de réaliser que ce qu’elles avaient vécu, parfois à répétition, et qu’elles avaient appris à normaliser, à taire, à banaliser, voire à enjoliver, étaient finalement des choses violentes, intolérables et qu’elles avaient le droit de dénoncer.

 

Oui, elles avaient le droit d’avoir été marquées, et pourquoi pas à vie, par les intrusions répétées d’un parent dans la salle de bain pendant leur douche, oui elles étaient en droit de trouver anormal et dégueulasse que leur petit ami insiste jusqu’à arriver à ses fins quand elles n’avaient pas envie de faire l’amour, oui c’est un viol même avec son mari ou son mec lorsqu’elles disent « non » mais qu’on ne les écoute pas, oui elles sont en droit de trouver insupportable qu’on les suive dans la rue pour « les draguer ».

 

Et cette prise de conscience est le point de départ d’un processus important, qui permet de mettre des mots sur les émotions et les faits vécus, de redonner leur importance à des évènements qui avaient été jusque-là tournés en dérision (« boh ça va, on peut bien se forcer un peu avec son mec » – « les filles se plaignent tout le temps, pourtant c’est flatteur de se faire « draguer dans la rue ») et de faire le lien entre des blocages dans la vie sexuelle et leur vécu.

 

En effet, il n’est pas nécessaire de se faire sauvagement violer pour garder des traces, parfois très pénibles, dans notre vie sexuelle. Les douleurs lors de rapport avec pénétration, les inhibitions, les pudeurs, les tabous, les peurs, l’absence d’orgasme, la difficulté à poser ses limites, le manque de confiance, l’absence à soi durant les rapports sexuels, sont autant de symptômes de ces choses que vivent les femmes et qui ne sont pas encore suffisamment prises en comptes. Des symptômes qui entravent l’épanouissement sexuel des femmes, mais aussi de leurs partenaires, qui ternissent la vie amoureuse et qui sont si fréquents qu’on les prend encore bien souvent pour les aléas normaux de la vie sexuelle féminine.

 

Et cela n’est qu’en qualifiant les violences que nous avons vécues, que ce soit dans le cadre d’un travail thérapeutique, de discussions de groupes politiques ou amicaux, ou dans des échanges avec d’autres personnes ayant un vécu similaire, que l’on pourra sortir de ces ornières et retrouver le chemin de l’épanouissement corporel, sexuel et émotionnel.

 

 

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