Le puits sans fond du narcissisme et ses conséquences sur la sexualité féminine

Narcissisme, le mot est lâché.

 

Mon intention ici n’est pas de ressortir le vieux concept de narcissisme freudien comme caractéristique psychique des femmes.

Mon idée est de montrer que notre société et l’éducation que l’on donne aux enfants associent, chez les filles et les femmes, leur valeur à des critères esthétiques, alors que pour les hommes, les critères sont à la fois plus variés et moins fondés sur leur apparence que sur ce qu’ils font. En gros, pour avoir de la valeur, une femme doit être jolie, séduisante, mince, féminine… Tandis qu’un homme doit être intelligent, brillant, riche, doué, fort… Bref, on sait tout ça.

On sait aussi que cette différence est insufflée, dès le plus jeune âge, chez les petites filles, lorsqu’on leur répète qu’elle nous font plaisir en étant jolies et bien habillées, qu’elles ne sont pas gentilles parce qu’elles se sont salies ou qu’elles ne veulent pas porter de jupe pour aller dîner chez grand-mère, mais aussi avec les images de concours de beauté, l’exigence d’être séduisante-mais-pas-trop pour aller à un rendez-vous de travail etc. Et ceci est répété dans les films au cinéma, à la télé, dans les journaux et partout sur les affiches publicitaires.

L’effet que ça a, outre les heures passées à se préparer avant de sortir de chez soi, c’est que beaucoup de femmes ont, en grandissant, bien du mal à ne pas se sentir diminuées lorsqu’elles sont vues sans maquillages, à ne pas fondre en larme si quelqu’un les trouve laides et à ne pas s’obliger à associer féminité, élégance et érotisation lorsqu’elles choisissent une tenue de travail.

Mais plus problématique encore, parce que cela peut entraîner de grosses prises de risque, l’érotisation et l’objectification de soi peuvent être vues comme l’unique façon de se re-narcissiser pour certaines femmes à l’estime de soi très basse. Ceci conjugué à la mode actuelle du selfie et du grand déballage intime sur facebook, un grand nombre de femmes peuvent se retrouver amener à publier des photos d’elles nues sur internet, à accepter des conditions de travail déplorables dans l’industrie pornographique ou à se faire maltraiter par leurs partenaires sexuels dans l’unique but de se sentir belles, désirables – c’est-à-dire valables selon le critère de validité principal de la féminité.

Je ne cherche pas, en écrivant cela, à dire que jouer avec sa séduction ou être travailleuse sexuelle serait forcément le signe d’un trouble de l’estime de soi et que ce serait forcément une mise en danger. Tout cela peut entièrement être fait avec choix, plaisir et respect en fonction du contexte et des partenaires. Mais ce qui me semble dangereux, c’est lorsque les femmes ne connaissent qu’une seule façon d’être validées par le regard extérieur et que celui-ci passe par le fait de se faire objet et non plus sujet.

Le problème est que cette objectification peut mener à une mise en danger de soi, à subir de l’irrespect, voir de la violence. Et que ce mode de validation n’a pas un effet pérenne puisqu’il doit sans cesse être réaffirmé par le regard extérieur et qu’il se base sur un objet, notre corps, qui va plutôt devenir moins bien que mieux (à la différence de nos qualités intellectuelles ou artistiques).

Je ne dis pas ça non plus pour culpabiliser celles qui le font, car je sais combien il est difficile de se trouver de la valeur en dehors du regard masculin, en dehors des critères de beauté physique sur le marché de la séduction. Les femmes ont tellement grandi avec l’idée qu’elles devaient plaire avant tout qu’elles ne savent pas toujours faire autrement et que cela demande un véritable travail d’abandonner la séduction permanente et de comprendre qu’elles peuvent exister et être apprécier pour autre chose que pour leur physique. Sans compter que faire le travail de son côté n’est pas toujours suffisant puisque la société ne fait pas toujours sa part d’évolution et continue trop souvent de cantonner les femmes à des rôles de jolies potiches.

Mais je tiens à redire combien il est inutile et dangereux de jouer le jeu de dupe qui consiste à se plier aux désirs d’hommes peu scrupuleux et malveillants sous prétexte d’obtenir reconnaissance, amour ou compliments. C’est un piège, car tant que vous n’aurez pas résolu votre manque de confiance en vous, tant que votre estime de vous-même sera basse, vos besoins d’être narcissisées seront sans fin. Et vous serez très vulnérables et très dépendantes du regard d’autrui.

Être autonome c’est choisir le respect plutôt que l’amour à tout prix. De là pourra venir le véritable amour, celui qui s’accompagne de la bienveillance, du consentement et de l’épanouissement.

 

Alors que faire ?

 

Eh bien, tout d’abord, refuser de faire des choses (qu’elles soient sexuelles ou non) pour faire plaisir aux autres, mais les faire pour soi.

Dans la vie sexuelle, ça n’est pas toujours évident de savoir ce qui nous fait plaisir à nous, tellement nous nous sommes construites en fonction du désir et du plaisir masculin. Pour les lesbiennes qui n’ont jamais connu d’homme c’est parfois plus facile, que pour les hétéros, d’être connectées à leurs envies et leurs plaisirs. Mais globalement, apprendre à entendre nos envies c’est souvent le début d’un long processus de découverte et d’épanouissement. Ce travail peut se faire, ou non, accompagné d’un/e thérapeute, de bonnes lectures ou de discussions entre ami/es.

 

Et après ?

 

Après, il faut assumer ses émotions, ses sentiments, ses envies, ses besoins et ses limites. Se dire qu’ils sont aussi valables que ceux des autres, aussi légitimes et qu’ils ont le droit d’être respectés. Et puis il faut les communiquer aux autres. Et c’est là que le bas blesse, car ce que l’on a à communiquer ne va pas toujours être bien reçu, ni même entendu, ni respecté. Mais il faudra tenir bon, répéter, patiemment, de façon bienveillante et assumer encore et toujours. Si vos besoins, vos sentiments et vos envies n’arrivent pas à être respectés. Alors il faudra peut-être envisager que votre/vos partenaire/s ne sont peut-être pas la/les bonne/s personne/s pour vous. Et ne surtout pas remettre en question ce que vous ressentez en pensant que ça vient de vous et que vous avez des envies ou des besoins anormaux et illégitimes.

 

Un dernier conseil ?

 

Lisez What you really really want, de Jaclyn Friedman. Ecoutez-vous, écoutez votre corps, vos sensations, vos émotions. Pratiquez la méditation de pleine conscience. Parlez à vos ami/es. Et si vous n’y arrivez pas toute seule, prenez contact avec un/e thérapeute qui vous aura été recommandé/e et en qui vous avez confiance. Mais essayez, vous allez y arriver.

 

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